Préemption, expropriation, lotissement : défendre vos droits de propriétaire
L'urbanisme opérationnel, ce sont les outils par lesquels les collectivités réalisent leurs projets : droit de préemption, expropriation, zones d'aménagement concerté. Ce sont aussi les procédures qui permettent aux propriétaires de diviser et d'aménager leur terrain. Ce guide explique vos droits, les délais à respecter et les moyens de vous défendre.
Mis à jour le 27 septembre 2026
- Préemption : la mairie a 2 mois après la déclaration d'intention d'aliéner ; son silence vaut renonciation.
- Prix contesté : vous pouvez maintenir votre prix et saisir le juge de l'expropriation, ou renoncer à vendre.
- Expropriation : une déclaration d'utilité publique est indispensable, et l'indemnité doit couvrir tout le préjudice.
- Lotissement : déclaration préalable ou permis d'aménager selon le projet ; règles d'urbanisme figées pendant 5 ans.
- 2 mois pour contester une préemption ou une déclaration d'utilité publique.
Vous êtes…
L'urbanisme opérationnel en bref
Le plan local d'urbanisme fixe les règles ; l'urbanisme opérationnel les met en œuvre. Il regroupe les outils par lesquels les collectivités acquièrent des terrains et réalisent leurs projets, mais aussi les procédures qui permettent aux propriétaires de diviser et d'aménager leurs terrains.
| Outil | À quoi il sert | Ce qui est en jeu pour vous |
|---|---|---|
| Droit de préemption | Permettre à la collectivité d'acheter en priorité un bien mis en vente | Votre vente, votre prix, votre acquisition |
| Expropriation | Acquérir un bien contre la volonté du propriétaire pour un projet d'utilité publique | La perte de votre bien et le montant de l'indemnité |
| Lotissement et division | Découper un terrain en lots destinés à être bâtis | Le choix de la bonne autorisation et les règles applicables aux lots |
| ZAC et opérations d'aménagement | Aménager un quartier sous maîtrise publique | L'acquisition de votre terrain, les participations exigées des constructeurs |
Le droit de préemption urbain : la mairie veut acheter votre bien
Dans les zones urbaines et à urbaniser où le droit de préemption a été institué, la vente d'un bien doit être déclarée à la commune ou à l'intercommunalité, qui peut décider de l'acquérir à la place de l'acheteur.
La déclaration d'intention d'aliéner
Avant la vente, le notaire adresse à la mairie une déclaration d'intention d'aliéner qui précise le prix et les conditions de la vente. Une vente conclue sans cette déclaration peut être annulée.
Deux mois pour décider
Le titulaire du droit de préemption dispose de deux mois à compter de la réception de la déclaration. Son silence vaut renonciation. Ce délai est suspendu s'il demande, en une seule fois, des documents complémentaires ou la visite du bien ; il reprend à la réception des documents ou après la visite, sans pouvoir être inférieur à un mois.
- RenonciationExpresse ou par silence : vous pouvez vendre à l'acquéreur prévu, au prix et aux conditions déclarés.
- Préemption au prix déclaréLa vente est parfaite avec la collectivité, aux conditions de la déclaration.
- Préemption à un prix inférieurVous disposez de deux mois pour accepter ce prix, maintenir votre prix (le juge de l'expropriation fixe alors la valeur du bien) ou renoncer à vendre. Votre silence vaut renonciation à la vente.
Une décision encadrée
La préemption doit être motivée par un projet réel d'action ou d'opération d'aménagement d'intérêt général : logement, équipement public, renouvellement urbain, sauvegarde du patrimoine. Le projet n'a pas à être entièrement défini, mais sa réalité doit être établie à la date de la décision. Une préemption décidée pour faire échec à une vente, sans projet, est illégale.
Le prix doit être payé dans les quatre mois suivant l'accord sur le prix ou la décision du juge ; à défaut, le vendeur peut reprendre la libre disposition de son bien.
Contester une préemption
Le vendeur comme l'acquéreur évincé peuvent contester la décision devant le tribunal administratif dans les deux mois de sa notification. Un référé-suspension peut être engagé en parallèle : pour l'acquéreur évincé, l'urgence est en principe présumée. En cas d'annulation, la collectivité doit d'abord proposer le bien à l'ancien propriétaire, puis à l'acquéreur évincé.
D'autres droits de préemption existent : espaces naturels sensibles (département), zones d'aménagement différé, fonds de commerce, ou encore SAFER pour les terres agricoles, dont le contentieux relève du juge judiciaire.
Textes de référence : articles L. 210-1, L. 211-1, L. 213-2, L. 213-7, L. 213-8, L. 213-11-1 et L. 213-14 du code de l'urbanisme.
La mairie préempte votre bien ou la vente que vous deviez conclure ? Les délais sont courts.
Prendre rendez-vousL'expropriation pour cause d'utilité publique
L'expropriation permet à une personne publique d'acquérir un bien contre la volonté de son propriétaire, pour un projet déclaré d'utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité.
Les étapes de la procédure
- Enquête publiqueLe projet est soumis au public ; chacun peut formuler des observations auprès du commissaire enquêteur.
- Déclaration d'utilité publiqueLe préfet déclare le projet d'utilité publique si ses avantages l'emportent sur ses inconvénients : coût, atteintes à la propriété privée, à l'environnement.
- Enquête parcellaireElle identifie précisément les parcelles et les propriétaires concernés.
- Arrêté de cessibilitéLe préfet désigne les biens à exproprier.
- Ordonnance d'expropriationLe juge de l'expropriation, au tribunal judiciaire, transfère la propriété, à défaut d'accord amiable.
- Fixation et paiement de l'indemnitéÀ défaut d'accord, le juge fixe l'indemnité après avoir visité les lieux. L'expropriant ne peut prendre possession qu'après paiement ou consignation.
L'indemnité d'expropriation
L'indemnité doit couvrir l'intégralité du préjudice direct, matériel et certain causé par l'expropriation. Elle comprend :
- l'indemnité principale, correspondant à la valeur du bien, estimée à la date du jugement de première instance, en tenant compte de son usage effectif un an avant l'ouverture de l'enquête publique ;
- l'indemnité de remploi, qui couvre les frais d'acquisition d'un bien de remplacement ;
- les indemnités accessoires : frais de déménagement, perte d'exploitation, dépréciation de la partie non expropriée.
Si la partie restante de votre terrain devient inutilisable, vous pouvez demander l'emprise totale. Si le bien n'a pas reçu, dans les cinq ans, la destination prévue par la déclaration d'utilité publique, vous pouvez en demander la rétrocession.
N'attendez pas la phase judiciaire. La déclaration d'utilité publique peut être contestée devant le tribunal administratif dans les deux mois de sa publication ; son annulation prive l'expropriation de base légale. C'est aussi pendant l'enquête publique qu'un projet peut encore évoluer.
Emplacement réservé : le droit de délaissement
Si votre terrain est grevé par le PLU d'un emplacement réservé à un équipement public, vous pouvez mettre la collectivité en demeure de l'acquérir. Elle dispose d'un an pour se prononcer ; à défaut d'accord sur le prix, le juge de l'expropriation peut être saisi.
Textes de référence : code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, articles L. 1, L. 242-1, L. 321-1, L. 322-2 et L. 421-1 ; articles L. 152-2 et L. 230-1 et suivants du code de l'urbanisme.
Diviser un terrain : lotissement et permis valant division
Diviser un terrain pour y construire, c'est en principe créer un lotissement. Le choix de la bonne autorisation conditionne la sécurité de toute l'opération.
Déclaration préalable ou permis d'aménager ?
| Votre projet | Autorisation |
|---|---|
| Division en lots à bâtir, sans création de voies, d'espaces ou d'équipements communs | Déclaration préalable |
| Division avec création ou aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots | Permis d'aménager |
| Division située dans un site patrimonial remarquable, aux abords d'un monument historique ou dans un site classé | Permis d'aménager |
| Plusieurs constructions édifiées sur un même terrain, divisé avant leur achèvement | Permis de construire valant division |
Depuis la loi du 26 novembre 2025, un permis d'aménager peut porter sur plusieurs terrains non contigus, à condition d'être présenté par un même demandeur et de former un ensemble cohérent.
Les règles du lotissement dans le temps
- Pendant 5 ans à compter de l'achèvement des travaux du lotissement, ou de la décision de non-opposition s'il s'agit d'une déclaration préalable, les nouvelles règles d'urbanisme ne peuvent pas être opposées aux permis demandés sur les lots : ce sont les règles en vigueur lors de l'autorisation de lotir qui s'appliquent.
- Dix ans après l'autorisation de lotir, dans une commune dotée d'un PLU, les règles d'urbanisme propres au lotissement deviennent caduques : seul le PLU s'applique.
- Le cahier des charges, en revanche, reste un document contractuel qui continue de lier les colotis entre eux, devant le juge judiciaire.
Les documents du lotissement peuvent être modifiés lorsque la moitié des propriétaires détenant les deux tiers de la superficie, ou les deux tiers des propriétaires détenant la moitié de la superficie, le demandent ou l'acceptent.
Un propriétaire souhaite détacher une parcelle au fond de son jardin pour la vendre à bâtir. Si l'accès au nouveau lot se fait par une servitude sur sa propre parcelle, sans voie commune, une déclaration préalable suffit. S'il crée une voie desservant plusieurs lots, il lui faut un permis d'aménager. Dans les deux cas, il doit vérifier que la maison conservée reste conforme au PLU après la division.
Textes de référence : articles L. 442-1, L. 442-1-3, L. 442-9, L. 442-10, L. 442-14, R. 421-19, R. 421-23 et R. 431-24 du code de l'urbanisme.
ZAC, projet urbain partenarial et financement des équipements
Les grandes opérations d'aménagement obéissent à des règles propres, notamment pour le financement des équipements publics.
La zone d'aménagement concerté
La ZAC est une opération d'initiative publique : la collectivité délimite un secteur, en confie souvent la réalisation à un aménageur, qui acquiert les terrains, réalise les équipements et cède les terrains aménagés aux constructeurs. Le propriétaire d'un terrain situé dans une ZAC peut mettre la collectivité en demeure de l'acquérir (droit de délaissement).
Qui paie les équipements publics ?
- La taxe d'aménagement est due pour la plupart des constructions et agrandissements soumis à autorisation.
- Dans une ZAC, le coût des équipements est en principe intégré au prix de cession des terrains ; le constructeur qui n'a pas acquis son terrain de l'aménageur signe une convention de participation.
- Le projet urbain partenarial permet à un opérateur privé de financer, par convention avec la collectivité, les équipements rendus nécessaires par son opération ; il est alors exonéré de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement pendant une durée fixée.
Textes de référence : articles L. 311-1 et suivants, L. 311-4 et L. 332-11-3 du code de l'urbanisme ; articles 1635 quater A et suivants du code général des impôts.
Recours : quel juge, quel délai ?
L'urbanisme opérationnel se partage entre le juge administratif, qui contrôle la légalité des décisions, et le juge judiciaire, qui fixe les prix et les indemnités.
| Décision | Juge | Délai |
|---|---|---|
| Décision de préemption | Tribunal administratif | 2 mois à compter de la notification |
| Prix du bien préempté | Juge de l'expropriation | Saisine à défaut d'accord sur le prix |
| Déclaration d'utilité publique | Tribunal administratif | 2 mois à compter de la publication |
| Arrêté de cessibilité | Tribunal administratif | 2 mois à compter de la notification |
| Indemnité d'expropriation | Juge de l'expropriation, puis cour d'appel | Délais brefs, à vérifier dès la notification |
| Refus d'une déclaration préalable ou d'un permis d'aménager | Tribunal administratif | 2 mois à compter de la notification |
Dans ces procédures, les délais se comptent en semaines. Dès la réception d'une décision de préemption, d'une notification d'expropriation ou d'une offre d'indemnité, faites-la analyser sans attendre.
Préemption, expropriation, division : faites le point sur vos droits et vos délais.
Prendre rendez-vousVos questions sur la préemption, l'expropriation et le lotissement
Non. Elle ne peut préempter que dans les zones où le droit de préemption a été institué, et uniquement pour réaliser un projet réel d'action ou d'opération d'aménagement d'intérêt général. Sa décision doit être motivée par ce projet.
Deux mois à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner. Ce délai est suspendu si elle demande des documents complémentaires ou la visite du bien. Son silence pendant ce délai vaut renonciation.
Vous disposez de deux mois pour accepter le prix proposé, maintenir votre prix, auquel cas le juge de l'expropriation fixera la valeur du bien, ou renoncer à vendre. Votre silence vaut renonciation à la vente.
Oui. Le vendeur comme l'acquéreur évincé peuvent saisir le tribunal administratif dans les deux mois de la notification, et demander en parallèle la suspension de la décision en référé.
Elle comprend la valeur du bien, estimée à la date du jugement de première instance en tenant compte de son usage effectif un an avant l'enquête publique, une indemnité de remploi et des indemnités accessoires comme les frais de déménagement ou la perte d'exploitation. À défaut d'accord, c'est le juge de l'expropriation qui la fixe.
Pas toujours. Une déclaration préalable suffit en principe pour une division en lots à bâtir sans voies ni espaces communs. Un permis d'aménager est nécessaire si la division crée des voies, espaces ou équipements communs à plusieurs lots, ou si le terrain est situé dans un site patrimonial remarquable, aux abords d'un monument historique ou dans un site classé.
Dans une commune dotée d'un PLU, les règles d'urbanisme propres au lotissement deviennent caduques dix ans après l'autorisation de lotir. Le cahier des charges reste en revanche un document contractuel qui lie les colotis entre eux.
Me Jean Milon-Boulhol
Avocat au barreau d'Aix-en-Provence, il intervient principalement en droit public : responsabilité administrative, urbanisme, collectivités territoriales, fonction publique et contrats publics. Il est également chargé d'enseignement en droit à Aix-Marseille Université.
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